Les noms d'oiseaux pleuvent sur les malheureux managers d'Airbus. Il est vrai que les mauvaises nouvelles s'enchaînent un peu vite ces temps ci et qu'il est difficile de croire que Lagardère et Noel Forgeard n'étaient au courant de rien avant de vendre leur titres. Mais je ne vois pas de raison de les priver de la présomption d'innocence.Il est à noter d'ailleurs qu'Airbus n'a pas le monopole de ces soucis. Boeing et Microsoft (au hasard) ont les mêmes.
Un point toutefois a retenu mon attention: On a beaucoup dit que le vrai problème du management d'Airbus, c'est qu'il n'y a plus d'ingénieurs mais rien que des financiers. Dans le cas d'Airbus c'est malheureusement faux. Noel Forgeard est Polytechnicien et Ingénieur du corps des mines, excusez du peu!
La question est en revanche réelle. Dans le modèle mondialisé (traduisez, anglo saxon) qui nous gouverne un peu plus chaque jour, l'ingénieur est dans la soute et est finalement chargé de réaliser, 1) ce que les stratèges et consultants ont décidé, 2) ce que les marketeux ont défini, 3) ce que les vendeurs ont vendu et 4) ce que les financiers ont budgetté. Les remarques timides sur les problèmes techniques sont vues comme des excuses et les choix techniques majeurs comme des détails d'exécution. On est revenu à l'ancien régime ou l'aristocratie ne pouvait, sans déroger, se livrer à des occupations physiques.
C'est un choix mais il ne faut pas s'étonner que, de temps en temps, cela se plante. La technologie n'est pas plus une science exacte que le marketing et à ne pas prendre en compte la réalité des choses, on s'expose à de réelles désillusions.
Il est urgent d'inverser la tendance si on veut préserver le leadership de l'Europe dans les décennies à venir. Le nombre de candidats aux filières scientifiques diminue de jour en jour au fil de la disparition des X dans les organigrammes du CAC40. La technologie américaine ne fonctionne encore que grace aux immigrés et les anglais ne sont même pas capables de fabriquer leurs instruments financiers sans recourir à des expatriés français ou indiens. Il ne serait pas forcément déraisonnable d'introduire une plus grande dose de management de projet dans les programmes des MBA.

Tout à fait d'accord sur l'importance de la gestion de projet pour les managers qui manquent de formation à cet égard. Pas seulement les projets industriels d'ailleurs, d'autres projets managériaux (tels que l'intégration d'une acquisition par exemple) mal gérés sont la cause quotidienne de plans qui s'écroulent et de surcoûts parfois très élevés. Il est long et tortueux le chemin qui mène de PowerPoint à la réalité.....
En revanche, je ne partage pas ton avis sur Airbus, en particulier dans le cas d'un problème moins médiatisé mais réel: les erreurs initiales de conception de l'A350. Pour le néophyte que je suis, il me semble que sur un investissement d'une telle ampleur financière et stratégique, les équipes de conception auraient été bien inspirées d'écouter plus les marketeurs ou les consultants. Et Monsieur Forgeard qui s'est prévalu d'une réussite managériale chez Airbus porte là une grande responsabilité dans cet échec, puisque à la fois ingénieur et dans la position de l'arbitre final, celui qui doit rappeler l'axiome de base: le client a toujours raison.....
Rédigé par: François | juin 30, 2006 à 11:24 AM
Euh... Formule des réseaux n(n+1)/2 si n est le nbr d'aéroports pouvant recevoir un avion; dans un certain cas, n = entre 30 et 40, pour un certain gros avion... Pour un autre plus véloce, n est en milliers. Qui vendra le plus? Ce n'est pas seulement un pb de technique mais une lourde erreur stratégique! Le point à point à la demande est largement supérieur au hub à hub! Boieng 5 Airbus 0! Tout le reste est alibis; ils se sont lourdement plantés (ingénieurs et stratéges et marketeurs etc.
Rédigé par: photon | septembre 19, 2006 à 03:38 PM